entre les mains du vent

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mercredi, septembre 24 2008

Trois p'tits coquelicots (6)

img060.jpg illustration D.M.



Scène 7

(Bûchette revient de la cuisine avec un rouleau de papier collant. Une par une, elle déplie les lettres de Marie- Hélène et les colle au mur du salon, tout autour du meuble-autel. Elle réussit aussi à suspendre la robe de mariée. Pendant ce temps, les aboiements de chiens se font réentendre mais Bûchette ne semble pas les percevoir. Quand tout est disposé, elle se rend derrière le décor et l’on entend un disque de Sinatra assez fort. Elle s’assoit, pistolet à portée de la main. Quelques secondes après, apparition de Gildas.)

Gildas Sale punaise. J’en étais sûr, vous avez osé !

Bûchette Tout doux, bonhomme, tout doux. T’aimes pas les chansons de Franky ? Ca te rappelle des choses ?

Gildas C’est une profanation, vous n’avez pas le droit !

Bûchette J’tavais prévenu qu’il fallait rien m’interdire. C’est plus fort que moi. Mais là, j’ai eu le nez fin, y sent pas la rose, ton petit jardin secret.

Gildas Mais qu’est-ce que vous allez croire ? Tous ces mots, dépourvus de sens ? Ces élucubrations ? Je vous croyais plus intelligente.

Bûchette (Le saisit par le cou et le plaque le nez sur les lettres.) Arrête de vomir, crapaud . Tu l’as pas assez dégueulassée comme ça ? Hein ? Tu te rappelles, pourriture, tout ce que tu lui as fais subir ? Lis ! Tu la reconnais, quand même, l’écriture de ta chère épouse !

Gildas Mais ce sont les écrits d’une folle, ça ne tient pas debout, c’est des fantasmes, du délire, vous n’allez pas croire ça…

Bûchette (Jette Gildas par terre.) J’ai pas les mots. Dieu sait que je ne crains personne pour les injures, mais là, y’a pas de mots. Comment as-tu pu ? C’est monstrueux !

Gildas Je suis innocent, je suis innocent ! J’ai subit sa folie pendant des années, j’ai souffert comme pas un, j’ai tout perdu à cause d’elle, tout !

Bûchette Ca suffit maintenant, tais-toi.

Gildas Elle a ruiné ma vie. Mais je lui ai pardonné, vous entendez, je lui ai pardonné…

(Bûchette se baisse, prend la poupée et se relève.)

Gildas Elle reste là, dans cette lumière, comme une déesse…Je vous jure que je l’aimais, que je l’aime encore, que je l’aimerai toujours…

Bûchette (S’approche du meuble, menaçant toujours Gildas de son arme, celui-ci recule, elle s’empare du portrait encadré.) Viens avec moi, p’tite sœur, on se tire.

Gildas Qu’est-ce que vous faites ? Rendez-moi ça.

Bûchette Elle t’a assez vu, elle vient avec moi.

(On entend toujours par moments les chiens hurler mais ni l’un ni l’autre n’y font attention.)

Gildas Mais je l’aime, moi, je l’aime ! Vous pouvez comprendre ça, vous, la fille à soldats ?

Bûchette Ah oui ! Tu l’aimes ? (Elle lui jette son arme.) Eh bien, rejoins-la, si t’as encore des couilles.

(Elle recule jusqu’au dégagement jardin. Il la regarde partir, immobile. On entend la porte de l’appartement s’ ouvrir et se refermer. Les chiens hurlent toujours. Deux secondes se passent . Trois coups de feu claquent dans l’escalier.)

FIN


Texte déposé à SACD/SCALA

vendredi, septembre 19 2008

Trois p'tits coquelicots (5)

img056.jpg illustration D.M.


SCENE 6

( Bûchette débarrasse la table, donne un coup d’éponge, tend l’oreille du côté chambre à coucher et, rassurée, s’attaque à nouveau à la serrure du petit meuble. Elle prend la dernière lettre de la liasse, s’asseoit et lit.)

Bûchette Maman. Je vais te faire de la peine. Beaucoup de peine. Pardonne-moi. Si je me suis décidée à ce geste définitif, c’est que je suis persuadée qu’il n’y a pas d’autre issue ni plus aucun espoir. Je ne peux plus éloigner de mon âme le sentiment d’avoir tout gâché, ma vie, la vôtre, celle de mon mari. Gildas me reproche chaque jour d’être incapable de le rendre heureux et je pense qu’il a raison. Suis-je une bonne épouse, avec mes malaises à répétitions, mes envies de petite fille, mes rêves de femme immature ? Je ne suis même pas capable de comprendre ce qu’il attend de moi. Je le déçois à tout propos et cela le pousse à des extrémités qu’on ne saurait imaginer. Désormais, je vis dans la terreur de mal faire et des réactions de Gildas. Ce qui s’est passé ce soir a servi de déclic à ma décision.

(Dix ans auparavant. Marie- Hélène pénètre lentement dans le salon, une biographie de Frank Sinatra en main. Elle s’asseoit sur une chaise, ouvre le livre et se met à lire. Venant du fond de l’appartement, la voix du crooner. Au bout d’un certain temps, Gildas jeune pénètre, rentrant visiblement du travail, avec son cartable. Il a l’air énervé.) Gildas jeune C’est quoi, ces roucoulades ?

Marie- Hélène Oh, ce n’est rien, mon Chéri, c’est…

Gildas jeune Je t’en prie, Marie-Hélène, ne commence pas à jouer avec ma patience. Je répète ma question :- qu’est-ce que c’est que ces rou-cou-lades ?

Marie- Hélène Juste…c’est juste un disque. Sinatra…Frank Sinatra.

Gildas jeune Je sais. Je ne suis pas inculte. Ce que je veux savoir, c’est qu’est-ce que c’est que ces façons d’écouter du Frank Sinatra ? Et question subsidiaire : où as-tu trouvé ce genre de distraction ? Réponds !

Marie- Hélène C’est…c’est un cadeau d’Amandine. Elle m’a offert ce disque quand elle est venue la semaine dernière.

Gildas jeune Pourquoi ne l’ai-je pas su ?

Marie- Hélène Mais quelle importance, mon Chéri ?

Gildas jeune Tout ce qui te touche a de l’importance pour moi. Je suis là pour te protéger. De toi-même, s’il le faut.

Marie- Hélène Mais, en quoi ce disque…

Gildas jeune Tu sais très bien que ce genre de romantisme a des effets néfastes sur toi. Et ton idiote de sœur ne l’ignore pas non plus. Je le lui ai déjà dit, que je sache.

Marie- Hélène Elle n’a pas crû mal faire, je t’assure.

Gildas jeune Ca suffit. Qu’est-ce que tu tiens dans les mains ?

(Elle tend timidement le livre à Gildas.)

Gildas jeune C’est ta nouvelle marotte ? On entre dans l’ère Sinatra, maintenant ? A quand les portraits, les posters de Môssieur Sinatra ? Peut-être dans la chambre conjugale, à la place de notre photo de mariage ?

Marie- Hélène Gildas, je t’en prie…

Gildas jeune Peut-être va t’on mettre à la poubelle toute la collection de Bach et de Mozart et qu’on va s’offrir l’intégrale de Môssieur Sinatra ?

Marie- Hélène Gil…

Gildas jeune Tais-toi ! Tais-toi ! Qu’est-ce que tu t’imagines ? Que je suis un moins que rien, que je vais laisser ma maison se couvrir des images de ce Môssieur ? Que je vais laisser l’esprit de ma femme parasité par l’existence de ce funambule ? Ton esprit m’appartient, ton cœur doit m’être entièrement dévoué. C’est la loi de Dieu et c’est la loi des hommes ! Il n’y a pas la place là-dedans pour quoi que ce soit d’autre !

Marie- Hélène Mon Dieu, Gildas, Je te jure…

Gildas jeune Vas-tu te taire, nom de Dieu ? Vas-tu te taire ? Cache toi la face, parjure, possédée ! Comment ? Comment peux-tu ? Un vaurien, un alcoolique, un drogué patenté ! Un mafieux homosexuel ! Il a les mains pleines de sang ! Qu’est-ce que tu lui trouves, hein ? C’est ça, ton idéal de l’homme ? Vas-y, vas-y, réponds !

Marie- Hélène Mon Dieu, Gildas…

Gildas jeune Un homme, pour toi, c’est ça, hein ? Un dépravé ! Une ordure, une voix de castra ! Il te fait mouiller, hein ? Il te fait mouiller ! Réponds nom de Dieu !

Marie- Hélène Pitié… Maman, maman…

Gildas jeune Tu en as pourtant un pour toi, d’homme. Il est pas pire qu’un autre ! C’est tout de même toi qui l’as choisi, ton homme !

Marie- Hélène S’il te plaît, s’il te plaît…J’ai peur…

Gildas jeune Il te plaît plus, ton homme ? Il a pas assez d’envergure, de notoriété ? Je ne suis qu’une cloche, peut-être ?

Marie-Hélène Gildas, je t’aime, Gildas…

Gildas jeune Ah oui ! Tu m’aimes ! Madame aime son mari. Redis-le, si tu l’oses, que tu m’aimes, redis-le !

Marie- Hélène Je te le jure, Gildas, je t’aime, je t’aime !

(En fureur, Gildas jeune attrape Marie- Hélène par le col, l’agenouille devant lu, se déboutonne et lui force le visage sur son sexe.)

Gildas jeune Alors, prouve-le, ton « Amour » ! Prouve-le !

Marie- Hélène Non, non, pas ça !

Gildas jeune Si c’était lui, tu le ferais, non ? Aime-moi, putain de Dieu, aime-moi !

(Au bout de quelques secondes, Gildas repousse Marie- Hélène sur la scène, se reboutonne.)

C’était quand même mieux que du Frank Sinatra, non ? Tu sauras qui est ton homme, à présent. Bande de connes !

(Il s’en va. Marie- Hélène disparaît derrière le décor pendant que Bûchette reprend la lecture de la lettre à voix haute.)

Bûchette Quand cette lettre te parviendra, tout sera fini. Comme d’habitude, je la jette dans la cour de la concierge où la petite Flora la trouvera et la postera gentiment. Qu’on ne lui dise rien et, peut-être, pourrais-tu un jour lui offrir une petite poupée ? Elle les aime tant. Maman, à tout jamais, je t’aime. On se retrouvera là-haut, j’en suis sûre. Mille tendresses à Amandine. Priez pour moi.

(Bûchette hébétée, reste assise, la lettre pendante au bout des doigts. Elle se lève soudain , va à la cuisine, côté jardin.)

Texte déposé à SACD/SCALA.

vendredi, septembre 12 2008

Trois p'tits coquelicots (4)

img077.jpg illustration d.m.


Scène 5


Bûchette Ah, c’est toi. Allez, rentre.

Gildas Evidement, c’est moi.

Bûchette Evidement, évidemment…Alors ?

Gildas Alors, alors quoi ?

Bûchette Comment ça, alors quoi ? T’as vu du monde, ça grouille, c’est calme, il pleut, y fait beau ? Ce genre de questions, quoi !

(Gildas rentre dans le salon.)

Gildas Ben, je n’ai rien remarqué. Des gens louches, il y en a partout. Pas plus que d’habitude.

Bûchette T’as pas été suivi ? Un grand blond, lunettes de soleil…

Gildas Non, non. Les gens de tous les jours. Personne ne m’a rien demandé…

Bûchette Bon, bon. Ca va. Qu’est-ce que t’as ramené ? Une salade ! Super ! On se la fait pour midi, avec du fromage de chèvre ?

Gildas Si ça vous plaît.

Bûchette J’prépare ça et j’arrive.

Gildas Je suis fatigué.

Bûchette Qu’est-ce que tu dis ?

Gildas Je dis que c’est fatiguant, les courses. Ca descend pour aller en ville, mais au retour…

Bûchette Bichette, va !

Gildas Ici, ça a été ?

Bûchette R.A.S. Ca y est, c’est prêt
.

(Elle arrive, installe deux couverts sur la table basse, le pain, une bouteille de rouge.)

Bûchette Ce sera frugal, mais bon, j’suis en vacances, faut pas oublier. (Elle repart.)

Gildas Ca ira, ça ira. Je suis déjà épaté…

Bûchette Merci pour le compliment, ça fait plaisir ! (Elle arrive avec le saladier et s’installe à son tour.) Bon, donne ton assiette. Attention ça tache. Bon ap’ !

Gildas C’est ça. Bon ap’ !

Bûchette Dis.

Gildas Quoi ?

Bûchette Elle était gentille comme ça, ta petite femme ?

Gildas Je vous ai déjà demandé…

Bûchette Oui, mais moi, j’veux savoir. J’t’ai bien raconté mon film, moi. T’en fais pas, j’vais pas la vendre à Hollywood, ta saga. J’ai envie de te connaître un peu, toi et elle, si je pars bientôt…

Gildas Ca me fait mal, de parler de tout ça. Cela a été si dur. Depuis qu’elle est partie, je n’ai jamais retrouvé une vie normale. Non, non, vous pouvez sourire, je ne vis pas comme les autres. Mon existence est figée, là, à côté de cette faible lueur.

Bûchette Ca fait longtemps qu’elle a dévissé ?

Gildas Ca fera dix ans. Dix ans le deux juin, la Sainte Blandine. En martyr, elle aussi.

Bûchette Comment ça, en martyr ?

Gildas Par pitié…

Bûchette (Lui versant du vin, dont il boit quelques gouttes du bord des lèvres.) Laisse-toi aller, va, crois en mon expérience, ça soulage, les confidences. C’est comme pour le rhume, faut se moucher de temps en temps, on respire mieux. Elle était malade ?

Gildas C’est cela, c’est cela. Elle était très malade. Les nerfs, la tête. On a vu des docteurs, des professeurs, la médecine n’y pouvait rien. On lui faisait croire que ça irait mieux, elle avait des traitements. Mais elle souffrait beaucoup quand même. Et puis… Mon Dieu, quand j’y pense… Ses lubies, ses idées fixes… Mon Dieu, je m’étais promis de ne plus parler de ça. Je ne veux pas salir sa mémoire, comprenez-vous ?

Bûchette Bois un coup, Gigi, lâche les vannes, laisse filer le courant. J’en ai vu, tu sais. Je peux tout comprendre.

Gildas Elle n’avait pas la notion de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, elle ne se rendait pas compte, mais elle choquait tout le monde par son comportement. Les gens n’osaient rien dire, n’est-ce pas, mais leurs regards, leurs chuchotis, leurs airs scandalisés quand elle se mettait soudain à rire sans raison ou à danser toute seule dans une sérieuse soirée de bridge ! Au début, j’attribuais ce comportement à sa jeunesse, à une envie de vie qui contrastait avec le sérieux, l’ascétisme de sa vie de jeune fille sage entre une mère possessive et une sœur un peu débile. Deux ou trois fois, j’ai eu le malheur de lui laisser boire un verre de vin ou de Champagne. Mon Dieu, quelle honte ! Elle se mettait à vociférer des horreurs, à débiter des histoires salaces, encouragée par cette idiote d’Henriette et son salaud de mari. Lui, il la faisait danser, soit disant. En fait, comme elle ne se contrôlait plus, il en profitait pour la coller et la peloter devant tout le monde. Mon Dieu, mon Dieu…Mais elle était malade, n’est-ce pas, elle était malade ! J’essayais de la calmer, de lui faire prendre ses médicaments et je la ramenais à la maison où pendant des jours et des jours elle luttait contre d’insupportables maux de tête. C’étaient d’intarissables crises de larmes, de déchirantes lamentations. Que d’heures, que de jours j’ai passés à son chevet, essayant de soulager son calvaire. Quelques mois avant son décès, je m’étais mis en tête, pour améliorer nos conditions d’existence, de franchir les échelons dans la hiérarchie…

Bûchette C’était quoi, ton job ?

Gildas Oh, vous allez vous moquer, n’est-ce pas…

Bûchette J’ai pas le cœur, là…

Gildas Je suis maintenant, depuis deux ans, retraité de la fonction publique.

Bûchette Dans quel fromage ?

Gildas Les Impôts.

Bûchette Y’en faut, je suppose…

Gildas « Y’en faut », comme vous dites. Donc j’ai essayé de passer un concours interne pour accéder aux fonctions de Chef de Service. J’ai travaillé dur, très dur. J’ai fait des sacrifices. Plus de sorties, toutes mes heures libres à étudier, étudier des tas de revues, de législation, de comptabilité publique. J’en ai passées, des heures dans ce salon, à potasser. Enfin, à essayer. Parce que, n’est-ce pas, c’étaient d’incessants appels à l’aide, des jérémiades à n’en plus finir. Il faisait trop chaud ou trop froid, il y avait des courants d’air imaginaires qui lui gelaient les os et qu’il fallait colmater. Mais je l’aimais, n’est-ce pas, c’était ma femme et ma place était à ses côtés, à veiller à ce qu’il ne lui arrive rien.

Bûchette Qu’aurait-il pu lui arriver ? Elle avait envie de se faire sauter le caisson ?

Gildas Non, non, pas ça. Mais plusieurs fois, il lui est arrivé, sans me prévenir, de partir à l’aventure, au gré du vent. Je l’ai retrouvée un peu partout, dans des bars, à jouer aux cartes, à moitié ivre, avec des inconnus, dans les jardins publics, à rire avec des clochards ou des traîne-savates, une fois même pleurant comme une Madeleine dans une église où elle avait allumé pour plus de cinq cents francs de bougies !

Bûchette Ca a dû faire plaisir au vieux barbu…C’était si grave ?

Gildas Il faut l’avoir vécu pour savoir. Vous ne pouvez pas comprendre. J’étais obligé de l’empêcher de sortir sans moi, d’aller faire n’importe quoi, n’importe où. Elle aurait été une proie facile pour les voyous qui traînent dans la ville. La vue du premier rouleur de mécaniques la faisait entrer en transes. Elle perdait toute notion de pudeur. Sa maladie lui faisait oublier qu’elle était une femme mariée, une femme d’un certain monde. Si je l’avais laissée faire, elle se serait vautrée n’importe où. Elle était en danger. Heureusement que j’étais là, pour veiller sur elle. Nous avons beaucoup souffert, chacun de notre côté. Mais je l’aimais. C’est ce qui m’a aidé à tenir. Et par delà la mort, je l’aime encore, je l’aime toujours. Comme un oiseau blessé qu’on n’a pas pu sauver.

Bûchette Comment ça s’est passé ? Elle a souffert ?

Gildas Elle a souffert…Elle souffrait toujours. Il s’est passé que le cœur a léché. Une nuit. A force, les médicaments…Mais je m’en veux. Si vous saviez comme je m’en veux !

Bûchette Tu lui avais fait du mal ?

Gildas Du mal ! Mon Dieu, comment lui aurais-je fait du mal ? Non, je l’ai juste un peu grondée, avant le repas du soir. Elle se montait la tête, encore une fois, sur un homme qu’elle avait croisé et qui, disait-elle, ressemblait à un acteur de cinéma. Depuis quelques jours elle ne pensait qu’à ça et elle ne pouvait ouvrir la bouche sans parler de ces deux hommes qu’elle confondait. Ca la rendait à moitié folle, Dieu sait pourtant que je n’aime pas employer ce mot, mais c’était ça, elle se levait en pleine nuit en criant le nom de cet acteur, elle attendait le facteur dix fois par jour lui apportant un courrier imaginaire. Je l’ai grondée et je lui ai fait prendre ses gouttes. Elle n’a pas voulu manger et est allée se coucher. Pour ne pas la réveiller, j’ai dormi dans le salon. Dans la nuit, je l’ai entendue marcher près de moi. – «  Je vais boire un verre d’eau » , m’a t’elle dit, et je me suis rendormi. Le lendemain, je l’ai retrouvée dans la cuisine, étendue par terre. D’après les médecins, elle n’avait pris qu’un ou deux comprimés pour dormir. Le cœur n’en pouvait plus .

Bûchette Eh ben… (Elle se dirige vers la cuisine.) Tu veux un café ?

Gildas Non, pas pour moi. Moi aussi je sens que j’ai le cœur qui commence à…

Bûchette T’as jamais songé à te remaquer avec quelqu’un ?

Gildas Non. Ma vie s’est arrêtée avec la sienne. Quand sa mère est morte, quelques mois après, j’ai récupéré des affaires à elle, auxquelles elle tenait, je les ai déposées dans ce petit meuble qui est devenu comme une petite chapelle, un mausolée miniature. La lumière brille en permanence. C’est un peu comme si elle était encore présente.

Bûchette Où elle est enterrée ? Tu veux pas qu’on aille lui rendre une petite visite ?

Gildas C’est gentil mais c’est impossible. Elle repose dans un petit cimetière, avec ses parents, au fin fond de la Dordogne. Ca vous embête si je vous laisse faire la vaisselle ? Je ne me sens pas très bien, je vais aller me reposer une petite heure. Excusez-moi, tous ces souvenirs…

Bûchette T’en fais pas, j’ai l’habitude. Les affreux que je fréquente, c’est pas trop le genre « Papa Poule et gants Mappa » !

(Gildas disparaît dans la chambre côté cour)

Texte déposé à SACD/SCALA.

vendredi, septembre 5 2008

Trois p'tits coquelicots (3)

img068.jpg dessin d.m.


SCENE 3



(Dans le salon, c’est le matin. Lumière du jour. Il n’y a personne. Un disque de Piaf en musique de fond et, venant du dégagement salle de bain, côté jardin, la voix de Bûchette qui braille « Mon Légionnaire ». Du côté cour apparaît Gildas, en peignoir, qui vient de se lever. A moitié endormi, il se prend les pieds dans la couverture qui traîne par terre.)

Gildas Elle peut pas ranger son bordel, celle-là ! Hé ! Vous avez bientôt fini sous la douche ? N’oubliez pas que le cumulus ne contient que cent litres. J’aimerais bien avoir de l’eau chaude, moi aussi. Et puis, c’est quoi, ces hurlements ? Vous n’avez plus peur qu’on vous entende ?

Bûchette C’est bon, j’ai fini. Ferme les yeux pépère, ou tu vas te griller les rétines à mes radiations.

Gildas Prétentieuse, va.

Bûchette (Apparaît en peignoir, une serviette entourée autour des cheveux.) Alors, déjà à ronchonner ? L’est tout grognon le bichou à sa mémère ? Allez, assis-toi, va, je vais t’amener ton café. Il doit en rester un fond.

Gildas Mademoiselle est trop bonne.

Bûchette Ca, on me l’a souvent dit, professionnellement parlant…

Gildas Bon, on va le savoir.

Bûchette Au fait, j’ai l’impression que les loups sont repartis de Paris, comme dit la chanson. Les cleps de la sorcière ont rien moufté de la nuit. Encore deux ou trois jours à m’avoir dans les pattes, par précaution, et je t’abandonne à cette si pesante solitude dont se nourrit ton ennui, ton incommensurable ennui…J’ai l’âme poétique, ce matin, tu trouves pas ? Dis, Gilou, j’espère que tu vas pas jouer les carpes comme toute la journée d’hier. J’en ai marre de faire la conversation à moi toute seule. J’te demande pas un discours fleuve à la Fidel Casburnes, mais un peu d’écho à mon aimable pioupioutage, ça me réchaufferai les plumes du cœur. D’accord, mon Doudou ?

Gildas Si ça doit m’éviter vos incessantes récriminations…De toutes façons, il faut qu’on se mette bien d’accord sur quelques points.

Bûchette Je sens déjà que ça va partir en vrille. Enfin, vas-y, ce sera quand même mieux que « le Monde du Silence » façon bocal à poisson rouge…

Gildas Je peux ?

Bûchette Je suis toute ouie, en parlant de poisson rouge. Ho ! Pardon…

Gildas Bon. Premièrement, je veux de l’eau chaude pour ma douche.

Bûchette Celle du soir aussi ?

Gildas Celle du soir aussi.

Bûchette Bon, d’accord. J’me laverai plus que le bout du nez. Et la foufoune aussi, sinon j’ai des champignons…

Gildas Je vous en prie. Ensuite, nous sommes vendredi matin. On dit que, quoiqu’il arrive, vous partirez au plus tard dimanche soir. Lundi, je pars pour quelques jours et il n’est pas question…

Bûchette (Chantant) Ne me quitte pas…Ne me quitte pas…Tu sais t’y où qu’on en sera, dimanche soir ? P’têt que tu m’auras déjà demandée en mariage !

Gildas Pas d’utopie, s’il vous plaît. Gardons les pieds sur terre. Tertio : en une journée, une seule journée, vous avez épuisé mes réserves. Il n’y a plus un biscuit, plus une tablette de chocolat…

Bûchette Là, j’suis d’accord avec toi. Faut lancer d’urgence un plan MARSHALL. Rien que de savoir qu’on risque de danser devant le buffet, j’ai les chicots qui se lyophilisent !

Gildas Et alors, suis-je autorisé…

Bûchette Dou dou dou dou dou ! On va dire la messe comme il faut. T’as un cabas ?

Gildas Un Caddy, à roulettes…

Bûchette La ménagère à roulettes ! La photo, la photo ! Bon, écoute ta Bichounette adorée, qu’y ai pas de grain de sable dans la burette à huile. On va dire les choses comme ça : on dresse une liste des courses. Jusque là, c’est mignounet, O.K. ?

Gildas Pour la liste, je sais ce qu’il faut. Après ?

Bûchette Ensuite, tu te saisis du garde-manger des familles et tu sors dans la rue. Moi, je tire le rideau, clic clac, personne y passe.

Gildas Mes clés… ?

Bûchette Tes clés, ton pognon, tes papyrus, je gère. Jusqu’à dimanche soir. Donc, t’es dehors. Y t’arrivera rien, en plein jour y z’ont les griffes dans la marmelade…Si jamais y sont encore sur le Tarmack…Enfin, tu zyeutes, l’air de rien, tu zyeutes ! Un qui te regarderait de travers, un qui se pointerait à tous tes carrefours, un qui voudrait t’interviewer pour « JEUNE & JOLIE », tu notes, t’es poli, tu passes ton chemin. Tu remplis le carrosse de plein de bonnes choses, oublie pas mes clopes…Ah non !…Pas de clopes ! Tu fumes pas, ça paraîtrait zarbi. Bon, pas de clopes, tant pis…Et tu retournes au bercail. O.K ?

Gildas Je… je vais faire mon tour au P.M.U., comme d’habitude ?

Bûchette Le flambeur ! Il a son truc ! C’est pas qu’une machine ! C’est’y pas chou ? Ca encourage la race chevaline ! Tu sais que tu as l’air presque vivant, toi ? (Sortant une liasse de billets de sa poitrine et tendant deux billets à Gildas.) Tiens, un peu d’avoine sur le fauve de ton choix, j’te fais confiance…

Gildas Cet argent…D’où sortez-vous tout cet argent ?

Bûchette Tu crois pas qu’j’me suis barrée qu’avec les couilles de l’ours en peluche, non ? J’suis une femme, malgré tout, on a ses p’tits besoins.

Gildas Je commence à comprendre l’attachement de ces messieurs…

Bûchette Sois pas mufle, blaireau ! Ils me coursent peut-être pour mes beaux yeux…Bon, allez, dépêche-toi de te faire belle, y me tarde que tu me racontes le temps qu’y fait dehors.

(Gildas se dirige vers la salle de bain et revient presque tout de suite.)

Gildas Elle sera vite prise, la douche ! Il n’y a plus une goutte d’eau chaude .

Bûchette Y doit y avoir des fuites ! Pleure pas, tu la prendras en rentrant, ça aura eu le temps de mijoter. Allez, grouille !

Gildas Mais c’est un monde tout de même ! Minute, oui ?

(Il disparaît dans la chambre.)

Bûchette (Prend le portrait sur l’autel.) Patience, ma biche, dans quelques minutes on sera seules. J’suis désolée pour hier, y m’a pas lâché la grappe, comme si j’étais une voleuse de poules. Attention, le v’là !
(Elle repose le cadre à sa place. Gildas réapparaît, veston triste, casquette plate, écharpe.)

Gildas Bon, et bien, je suis prêt…

Bûchette (Se reculant pour le contempler.) FUUIIIIIII !!!!!!

Gildas Des commentaires à faire ?

Bûchette J’ai rien dit, j’ai rien dit… Et bien, à tout de suite, hein !

Gildas Serait-ce un effet de votre bonté de me donner de quoi faire les courses ?

Bûchette Oh ! Bien oui, que je suis bête. Tiens, deux images saintes, ça ira ? Bon, je t’ouvre.

Gildas Ca ira, ça ira ! C’est quand même un peu fort !

(Ils disparaissent côté jardin, Bûchette s’étant armée de son pistolet. On entend s’ouvrir et se refermer la porte à clé.)




Scène 4



( Bûchette revient, dépose son arme sur la table basse et se dirige vers l’autel, force à nouveau la petite porte et ressort le coffret dont elle extrait les lettres.)

Bûchette Allez, sœurette, je suis toute à toi.

(Elle choisit une des lettres, dans le haut du tas et s’installe sur la couverture, assise par terre. Elle lit.)

Bûchette Maman, ma maman. Je réponds vite à ta gentille lettre parce que je sens que tu t’inquiètes pour moi et que ça me fait de la peine. Ne t’en fais pas. Je tiens le coup même si c’est dur à certains moments. Si je ne souffrais pas de ces migraines à répétition, je pense que j’aurais plus de force pour le reste. Le Docteur m’a prescrit des analgésiques qui font effet de temps en temps. Ca m’aide à passer les moments difficiles. Ces longues heures de souffrance m’affaiblissent beaucoup et je me rends bien compte que je ne suis plus assez disponible pour aider Gildas dans ses épreuves. Qui sait s’il ne serait pas moins abattu si je pouvais le soutenir plus que je ne le fais ? Comme il doit se sentir seul, abandonné, au moment où s’effondrent les espoirs qu’il avait mis dans son travail ? Je t’ai déjà dit qu’il avait échoué à son concours pour monter en grade. Il ne s’en remet pas. Il espérait tant, grâce à cette promotion, accéder à des responsabilités plus valorisantes…Il se renferme d’avantage encore, ne supporte plus de voir personne à la maison et refuse toute invitation. Il dit que ce sont des prétextes pour se moquer de lui et pour l’humilier. Je ne vois plus personne. Robert et Henriette ne viennent plus. Gildas est persuadé que Robert lui a mis des bâtons dans les roues, par jalousie. Quand j’en ai la force, quand les vagues de céphalées s’apaisent, j’essaie de sortir Gildas de sa solitude, de le distraire. J’aimerais qu’on aille ensemble au cinéma, au spectacle, qu’on aille prendre l’air au bord du lac. Ca nous ferait du bien à tous les deux, j’en suis tellement persuadée. Mais il n’en est pas question. Il n’a pas le cœur à sortir et, dit-il, il n’aurait pas la patience de supporter ce qu’il appelle mes « jérémiades ». Alors nous restons là, dans cette maison triste où l’on n’écoute même plus de musique et où nos ombres se croisent en silence. Dimanche, il s’est monté la tête quand il a appris par le journal qu’un de ses collègues avait été décoré de la Légion d’Honneur. Je n’ai jamais vu un être se sentir blessé comme il l’a été ce jour-là. J’ai eu très peur pour lui, je n’ai rien pu faire et je me suis sentie incapable de faire quoi que ce soit pour l’aider. Il s’est rendu dans son bureau où étaient entassés tous les documents sur lesquels il avait travaillé pendant des mois pour son concours et il a tout détruit. Méthodiquement, dans une colère froide absolument impressionnante. J’ai essayé de le raisonner, de le convaincre que c’était un accident, que la prochaine fois il réussirait, que j’avais confiance en lui, rien n’y a fait. J’ai même senti dans son regard et dans sa voix qu’il m’attribuait une part de responsabilité dans son échec. Et si… L’ai-je assez encouragé, ne lui ai-je pas fait perdre du temps et de l’énergie avec ma santé qui se dégrade, n’aurais-je pas dû le dissuader de se lancer dans une aventure trop périlleuse pour lui ? Je ne sais plus que penser, j’en arrive à croire que je lui fais plus de mal que de bien. A t’il trouvé en moi une alliée ou s’est-il encombré d’un boulet qu’il traînera toute sa vie durant ? Maman, ma Maman, je suis désolée de ce que je viens d’écrire. Tu vas encore t’inquiéter. Il ne faut pas. Ca finira bien par s’arranger. Dès que le printemps sera enfin là avec ses brumisations d’odeurs fraîches qui ne manqueront pas d’envahir aussi notre maison. Je t’embrasse. Mille bisous à Amandine que j’attends avec impatience d’ici quelques semaines. Je t’aime. Marie- Hélène.

(Bûchette remet tout doucement le disque de Piaf, danse avec la poupée en porcelaine. Elle la pose délicatement sur une des chaises, s’absente une minute dans la salle de bain et en revient habillée. Elle reprend la poupée et se remet à danser. Au bout de quelques secondes, on entend les chiens aboyer. Bûchette range précipitamment les lettres, le coffret et la poupée dans le petit meuble. On frappe à la porte. Elle disparaît côté jardin.)

Texte déposé à SACD/SCALA.

mercredi, septembre 3 2008

Trois p'tits coquelicots (2)

img058.jpg dessin d.m.

Scène 2


(Bûchette balance sa couverture dans un coin de la pièce et se rassoit. Elle se verse les dernières gouttes de la bouteille et boit. Elle se saisit de la pomme et commence à la croquer. Nouvelle apparition de la voiture et des aboiements. Ca s’estompe. Bûchette se lève et se dirige vers l’autel. Elle reprend le portrait et le regarde. Elle renifle les fleurs, cherche et trouve un interrupteur qui fait s’éteindre et s’allumer plusieurs fois la bougie électrique. Elle s’accroupit devant le meuble, essaie d’ouvrir la petite porte, sans succès. Elle se relève, se dirige côté cour vers la chambre de Gildas, mesure de l’oreille l’état de sommeil de l’homme. Elle revient rassurée, sort de sa poche l’ustensile qui lui a permis de pénétrer dans l’appartement et l’introduit dans la serrure du meuble. Au bout d’un moment, elle parvient à l’ouvrir. Elle remet la fausse clé dans sa poche. Elle sort du meuble une robe de mariée, une poupée de porcelaine et un coffret. Elle ouvre le coffret et en sort une liasse de lettres entourée d’un ruban. Elle dénoue le ruban, ouvre le premier pli. Elle se met à lire la lettre.)


Bûchette Vendredi 13 Mars… Ma chère Maman. Cela fait cinq jours que nous sommes à Venise. Le printemps tarde à se montrer et c’est peut-être à cause de ça que tu trouveras cette lettre empreinte d’une certaine mélancolie. Pourtant, avec Gildas, tout va bien. Nous passons nos journées dehors à visiter la ville en tous sens. Quand il pleut, on prend un cappuccino à la terrasse d’un café mais ça ne dure jamais très longtemps. Les deux premiers jours, nous avons pris les fameuses gondoles. J’appréciais beaucoup cette espèce de déplacement éthéré, au rythme des chansons des gondoliers mais Gildas s’est trouvé mal à l’aise, peut-être inaccessible à ce charme, et la suite de notre visite se fait à pieds. Malgré un peu de fatigue, je trouve l’endroit envoûtant et j’y passerais bien volontiers quelques semaines. Sur la place Saint Marc, couverte d’un tapis de pigeons, je me suis sentie redevenir petite fille et, comme au square où nous allions le dimanche- t’en souviens-tu ? – je me suis mise à courir dans leur foule, les faisant s’envoler en nuées moutonnantes. Je crois même que j’ai crié…Cela n’a pas semblé amuser Gildas qui m’a invitée à plus de sagesse. Comme c’est sérieux , un fonctionnaire des Finances ! Enfin, nous passons quand même des moments que je n’oublierai jamais. Je regrette un peu que nous n’ayons rencontré personne pour échanger nos impressions. Enfin, nous sommes un tout jeune couple et il est normal, je suppose, de se concentrer sur notre intimité. On aura bien le temps de se faire des amis quand nous serons rentrés. Je t’embrasse très fort, ma chère Maman. Je t’aime. Marie- Hélène.


(Bûchette ouvre la deuxième lette de la pile.)


Bûchette Lundi 9 Janvier… Maman, ma Maman. Je profite d’être enfin un peu seule pour te serrer sur mon cœur. Tu me manques tant. Je rêve souvent que tu es assise à côté de moi et que j’abandonne ma tête sur ton épaule si douce. Gildas est toujours très occupé. Comme il veut monter en grade, il passe son temps libre, et le mien, à potasser des tonnes de documents pleins de courbes, de schémas et de tableaux qu’il a du mal à assimiler. Comme je me suis ennuyée, ce week-end ! Normalement, nous devions recevoir Robert, un collègue de Gildas, et sa femme Henriette. Je les aime bien. Ils sont pleins de vie. Henriette n’arrête pas de rire et de raconter des histoires parfois un peu lestes, il faut bien le dire, mais avec tellement de naïveté et de bonheur ! Robert, lui, aime danser sur les musiques à la mode. Il y a quelques mois de ça, il m’a invitée pour un Rock ! J’ai cru être dans le grand huit ! Je ne savais plus où étaient le sol et le plafond ! Gildas, qui n’aime pas danser, m’a demandé ce soir- là de me rappeler que je n’avais plus quinze ans et qu’il n’avait pas trop envie de voir sa femme se donner en spectacle. C’est vrai que je n’ai peut-être plus l’age…De toutes façons, Dimanche, Gildas avait beaucoup de cours à réviser et il a décommandé nos amis. Nous nous sommes donc retrouvés seuls. J’en ai profité, si je puis dire, pour terminer ton écharpe . Tu la recevras très prochainement par la poste. J’aurais tant aimé te l’apporter moi-même, mais il n’en est pas question pour le moment. J’espère qu’elle te plaira. J’y ai mis tout mon cœur. Je t’aime. Embrasse ma chère sœur Amandine pour moi. Mille bisous.


(Bûchette range les lettres dans le coffret, le coffret ainsi que les autres objets dans le petit meuble et crochète la serrure pour la refermer. Bûchette étend la couverture par terre, enlève ses chaussures, s’étend sur la couverture. Au bout de quelques secondes, elle se relève, dépose un baiser sur le portrait de femme.)


Bûchette Bonne nuit, p’tite sœur. Au dodo, j’suis rétamée.


(Elle se recouche. Le moteur de voiture se fait réentendre, les aboiements de chiens aussi.)


Bûchette Ils sont pas du genre qui colle, ceux-là non plus !


(Le calme revient. NOIR.)


Texte déposé à SACD/SCALA.

mardi, septembre 2 2008

TROIS P'TITS COQUELICOTS (1)

img053.jpg dessin d.m.

Quand on est minot, on a pas le sens de retenir ses sentiments. C'est souvent gênant pour les parents. "-Dis, P'pa, t'as vu? Le môssieur, il a donné un coup de pied à son chien!!!" Et l'index bien tendu vers le tortionnaire!!! "- Chuttt! Mais ça va pas, non, tu vas te taire? On ne montre pas du doigt! C'est malpoli!" Normalement, à force de grandir et d'être témoin en permanence des bassesses et des petits crimes qui font l'ordinaire de la vie en société, on s'habitue, on se blinde, on détourne les yeux, on fait comme si. On ne montre plus du doigts les choses surprenantes. S'il fallait tout relever, tout dénoncer, s'émouvoir à chaque instant à tout sujet de scandale, on n'en sortirait plus, ce serait plus vivable, on serait des plaies ouvertes de la tête aux pieds. Alors on se laisse atteindre par une espèce de cataracte de l'âme et c'est ainsi que l'on peut jouir d'un peu de sérénité. Mais voilà, certaines personnes restent à vie le petit enfant qui s'étonne des bizarreries du monde et qui ne peut jamais ni comprendre ni accepter les monstruosités quotidiennes. Les grandes comme les petites. Bûchette est coulée de ce métal-là. Dans mon boulot d'éduc, j'ai rencontré des BÛCHETTE, des GILDAS et des MARIE- HELENE. Y'avait plus qu'à....

Scène 1


( C’est la nuit. On entend courir dehors . Des chiens se mettent à aboyer. Une voiture passe au ralenti et s’éloigne. A nouveau des pas précipités puis le bruit d’une serrure qu’on crochète. Une porte qui se referme. On entend haleter à l’entrée jardin du salon. A l’extérieur, les chiens finissent par se taire. Une silhouette pénètre prudemment dans la pièce côté jardin. Salon très sobre avec : une table basse, deux chaises, une espèce d’autel où sont disposés un portrait de femme dans un cadre noir, un vase contenant un bouquet de fleurs et un faux cierge électrique qui dispense la seule clarté de l’endroit. La silhouette s’habitue au peu de lumière puis se laisse choir sur une chaise. La respiration redevient normale. Soudain, une vive lumière s’éclaire tandis qu’un homme en robe de chambre surgit par l’entrée cour du salon.)

Gildas Et bien, ça va ? Faut pas se gêner !

Bûchette (se lève précipitamment, se jette sur Gildas tout en chuchotant violemment) La lumière, connard !

Gildas Hé, là, Ho !

Bûchette La lumière, que j’te dis. Et ta gueule, t’as compris, ta gueule !

(La lumière s’éteint)

Gildas Lâchez-moi, vous me faites mal.

Bûchette O.K, pépère, j’vais te lâcher, mais un mot trop fort, un cri, un appel, j’te butte. Compris ?

Gildas Vous, vous êtes armée ?

Bûchette (exhibant un pistolet) Et ça, c’est du nougat ? Allez, va t’asseoir sagement et silence, hein, silence.

(Gildas s’asseoit sur une chaise, Bûchette sur la table basse)

Bûchette T’as des clopes ?

Gildas (A voix haute) Des quoi ?

Bûchette A voix basse, putain de merde ! Tu cherches un pruneau ou quoi ? J’te demandais si tu avais des cigarettes.

Gildas Non. Je ne fume pas, désolé.

Bûchette Désolé ! P’tit bonhomme va !

Gildas Je ne suis pas votre…

(A ce moment-là, se fait entendre à nouveau le ronronnement d’une voiture qui roule au ralenti. On entend aussi les chiens qui se remettent à aboyer).

Bûchette (Pointant son arme sur Gildas) Chut !

(Situation figée jusqu’à ce que le véhicule ait disparu et que les chiens se soient calmés.)

Bûchette Ils lâcheront pas le morceau, les affreux. Dis, pépère…

Gildas Je ne vous permets pas…

Bûchette Bon. C’est quoi, ton nom ?

Gildas Je suis Monsieur Rebillard.

Bûchette Tu veux pas que j’te donne du Monsieur, quand même, non ? Rebillard comment ?

Gildas Gildas.

Bûchette Gildas. Pas mal. Bon ; pépère Gildas, il est grand comment, ton appartement ?

Gildas Qu’est-ce que…

Bûchette Réponds, Gilou.

Gildas Gilou ! (Elle le menace) Bon, y’a que deux pièces, ce salon, ma chambre et la cuisine. Pourquoi ?

Bûchette Deux pièces, ça fait une pièce chacun. C’est parfait, je m’invite !

Gildas Pardon ?

Bûchette Ecoute-moi bien, Môssieur Gildas. Les cannibales, là dehors, y m’ont perdue dans le quartier. Ils savent bien que je suis dans une de ces maisons. Ils vont tournicoter toute la nuit, plusieurs jours s’il le faut. Si je mets le nez dehors, il va pleuvoir du plomb, bien serré. Et pour ça, j’suis un peu jeune, j’ai d’autres plans de carrière, tu vois. Alors, comme t’es un gentil pépère tout seul… Au fait, t’es seul ici ?

Gildas Ca ne vous regarde pas.

Bûchette Réponds !

Gildas Je suis seul.

Bûchette J’veux en être sûre. Montre-moi. Allez, debout. Fais-moi visiter ton petit Versailles. Et pas d’entourloupe, hein !

(Ils se dirigent côté cour vers la chambre, y pénètrent, réapparaissent.)

Bûchette Ben dis donc, ça incite pas à la galipette.

Gildas Je vous en prie…

Bûchette La cuisine, maintenant.

Gildas C’est par là. La salle de bain aussi. (Ils se dirigent vers la sortie jardin)

Bûchette (Derrière le décor) C’est propre, pour un homme seul. T’as une boniche ?

Gildas (Derrière le décor) Non, c’est moi qui…

Bûchette Félicitations ! Allez, on retourne au salon.

(Ils réapparaissent'

Bûchette Tu peux t’asseoir.

Gildas Merci.

Bûchette Je disais donc, comme t’es un gentil pépère tout seul et que tu t’ennuies un peu…

Gildas Je ne m’ennuie pas du tout !

Bûchette Chut ! Et comme tu t’ennuies beaucoup, tu vas inviter ta nouvelle copine à passer quelques jours avec toi, le temps que l’orage s’éloigne.

Gildas Mais je refuse, je ne vous connais pas !

Bûchette Plus bas, bordel !

Gildas Vous débarquez ici, armée et menaçante….

Bûchette Oh ! Si peu…

Gildas Vous êtes recherchée par je ne sais qui, des gangsters, peut-être la police…

Bûchette J’te jure que c’est pas les argouses.

Gildas C’est donc par des malfrats. Merci du cadeau ! S’ils vous trouvent chez moi, ils vont me féliciter, peut-être ! Vous êtes folle ou quoi ? J’ai pas envie d’être mêlé à vos histoires, moi. Je ne vous connais pas, vous n’avez rien à faire chez moi. Ca y est, ils sont partis, maintenant, fichez le camp, laissez-moi tranquille…

Bûchette C’est tout ?

Gildas Comment ça, c’est tout ? C’est un peu fort, tout de même !

Bûchette Silence, nom de Dieu !
(Les chiens se remettent à aboyer, la voiture repasse)

Gildas (Il se lève, se dirige vers la sortie jardin) J’vais leur dire, que vous êtes là…

Bûchette (Saute sur Gildas, lui colle son arme sur la tempe) Chiche ?

(On n’entend plus la voiture, les chiens se taisent, Bûchette relâche Gildas, lui balance une baffe.)

Bûchette Refais jamais ça, triple con, refais jamais ça . Pourquoi t’as fait ça ? Tu voulais me donner ?

Gildas Je voulais… Je voulais effacer un mauvais rêve. Remettre les choses en ordre ! Je dormais, tranquille, et vous arrivez, et vous me menacez…

Bûchette Encore !

Gildas J’ai rien demandé à personne. Je vis dans mon coin, tranquille, tout seul, je fais pas de bruit, j’emmerde personne, je parle à personne, je fréquente personne, ni les gentils, ni les pas-gentils, je suis en règle avec tout le monde, les commerçants, les impôts, les organismes, tout ! Vous entendez, je suis bien avec tout le monde ! Je veux qu’on me foute la paix ! Qu’on me laisse tranquille. Tranquille. Soyez gentille, je dirai rien à personne, partez, laissez-moi. Je dirai rien à personne, promis

Bûchette Mets les pouces, petit père, ça sert à rien de flipper. Tu sais quoi ? J’ai la dalle ! Il aurait pas des noisettes en stock, le petit écureuil ?

Gildas Vous…Vous voulez manger ? Vous avez faim ?

Bûchette Comme on dit, les émotions…

Gildas Ca creuse, je vois ce que c’est. Dans la cuisine, allez-y, servez-vous, il y a tout ce qu’il faut.

Bûchette Gracias. Mais avant tout, une petite formalité. Pour éviter les dérapages, pour pas prendre le risque de sortir des clous…T’as que ce téléphone ?

Gildas Ben oui, pourquoi ?

Bûchette (Elle débranche l’appareil autour duquel elle entoure le câble) Pas de portable ?

Gildas Pourquoi faire ?

Bûchette Vrai ?

Gildas Vrai .

Bûchette Tes clés !

Gildas Quoi, mes clés ?

Bûchette Donne.

Gildas Mais enfin…

Bûchette Donne.

Gildas Au clou, à côté de la porte.

Bûchette Bouge pas . (Elle prend la sortie jardin et revient illico un trousseau à la main) Et les sœurs jumelles ?

Gildas Les quoi ?

Bûchette Le deuxième trousseau !

Gildas (Se lève, soulève le vase de fleurs sur l’autel et tend à Bûchette le trousseau de clés qui s’y trouvait) Pourquoi, tout ça ?

Bûchette Ne nous soumets pas à la tentation… Amen… Gilou ?

Gildas Hum ?

Bûchette Ton croco.

Gildas Merde, à la fin. C’est quoi « croco » ?

Bûchette Tsss, Tsss,Tsss. Arfeuille ! Passe-moi la bête.

Gildas Dans mon veston, dans la chambre.

Bûchette T’as vingt secondes chrono.

(Gildas se lève et pénètre dans la chambre côté cour)

Bûchette Oublie pas le mille-feuille et la ferraille, si t’as ça en rayon !

Gildas Vous pouvez pas parler français, à la fin ? Qu’est-ce que vous voulez encore ?

Bûchette Tes économies, même la monnaie, s’il te plait !

Gildas (Revient et tend son portefeuille à Bûchette.) Tout est là-dedans.

Bûchette Retourne tes poches. (Gildas s’exécute.) Bon, sois chou. Va nous préparer un petit pique-nique. J’pleure pas sur le rouquin, tu sais.

Gildas (Disparaît dans la cuisine.) Ce sera tout pour votre service ?

(Pendant ce temps, Bûchette fouille le portefeuille, en sort deux ou trois billets de vingt euros, une carte d’identité, un permis, une photo.)

Bûchette Pas de quoi faire des folies, hein ? Dis, c’est ta cop’s ?

Gildas (Dans la coulisse) Quoi ?

Bûchette Sur la photo, là.

Gildas (Déboule comme un diable de la cuisine, se saisit de la photo et repart.) Rendez-moi ça, personne n’a le droit…

Bûchette Hou la la ! garde-la, ta meuf…Dis, Gilou, c’est la même qu’à côté de la bougie ?

Gildas (Dans la cuisine.) Oui, oui, oui. Vous n’y touchez pas, hein ?

Bûchette Craché ! Juste avec les yeux. (Elle prend délicatement le cadre, regarde longuement la photo et la replace sur l’autel.) Putain, elle a la classe !

Gildas (Revient de la cuisine avec un plateau contenant une boite de fromage, quelques tranches de pain de mie, une bouteille de rouge entamée, un verre, une pomme.) Madame est servie.

Bûchette Il a de beaux yeux, ton calendos. (Elle attaque le fromage, se sert un verre de vin.) Dis, p’tit père…

Gildas Quoi ?

Bûchette C’était ta légitime ?

Gildas Ca ne vous regarde pas.

(Il se lève, tourne le portrait de femme côté mur. A ce moment, nouveau passage de la voiture au ralenti, hurlements des chiens.)

Bûchette (Se saisissant de son arme.) Chut ! Arrêt sur image.

Gildas Ca va, ça va.

Bûchette Chut !

(Tout redevient calme.)

Gildas Ils sont persévérants. C’est qui ?

Bûchette Des amis.

Gildas Des amis…qui vous veulent du bien ?

Bûchette Disons que je leur suis très, très chère

 (Elle se ressert un bout de fromage, un verre de rouge.)

T’en veux ?

Gildas Pas faim. J’ai pas l’habitude de manger en pleine nuit.

Bûchette Y’a pas que les habitudes, dans la vie. Y’a les jours de fête.

Gildas Et on fête quoi, aujourd’hui ?

Bûchette La Sainte Vadrouille, mon gros père ! L’oiseau s’est barré de sa cage ! Ca vaut bien de claquer les verres, non ?

Gildas Vous voulez dire que vous étiez prisonnière ? De qui ? Pourquoi ?

Bûchette (Tournant son derrière vers Gildas.) Zieute-le bien, celui-là, mon gros loup. C’est de l’or en barre. Et quand on investit dans la pierre, on prend toutes les assurances. De là à tout bien barricader à triple tour, y’a qu’un pas. Faut comprendre… Seulement, le zoiseau, il a eu un peu envie de se dégourdir les plumes, d’aller taquiner l’asticot en pleine nature. Et me voilà ! Pourchassée par les gros matous en colère ! Mais t’inquiète pas, j’vais finir par trouver mon courant d’air.

Gildas Permettez-moi de vous dire que le plus tôt sera le mieux, sans vouloir vous vexer…

Bûchette Hou ! La vilaine scie égoïne ! Mais c’est qu’il vous foutrait à la baille sans bouée, l’affreux ! Hé ! Tu vas arrêter de montrer les dents, oui ?

Gildas Hé ! Ca va, ça va !Ca va…J’ai tout de même le droit de dire ce que je pense. Je suis chez moi.

Bûchette Gentiment.

Gildas Gentiment, gentiment… J’voudrais vous y voir, vous. Qu’est-ce qui me forcerait à héberger une… une…

Bûchette Une pute.

Gildas J’ai pas dit ça. Qu’est-ce qui me forcerait à héberger une prostituée chez moi, quitte à passer pour un proxénète ?

Bûchette (Lui montrant l’arme.) Ca, cher Monsieur, et ta bonne éducation. Allez, fais pas le méchant. T’aurais jamais le cœur de larguer une fragile bulle de savon dans la tempête.

Gildas Qu’est-ce que vous en savez ? Comment pouvez-vous savoir ce qu’il y a à l’intérieur ?

Bûchette Mon bon vieux ! Y’a qu’à te regarder, avec tes yeux de chien battu, ta p’tite maison bien propre, ton p’tit mur des lamentations, son pot de fleurs, sa bougie, ses regrets éternels…

Gildas Ca, ça n’a rien à voir. C’est un autre monde, vous ne pouvez pas comprendre. N’y touchez pas…
Bûchette Faut jamais me dire de ne pas toucher à quelque chose. Ca m’excite, ça m’inspire, je fantasme. Chut !

(Moteur de voiture, aboiements.)

Bûchette (A voix très basse) Y zont de la suite dans les idées. Tu sais, elle est très belle.

Gildas Qui ça ?

Bûchette (Désignant la photo dans le cadre) Elle.

Gildas Je sais. Taisez-vous. Vous oubliez qu’il faut faire silence ?

Bûchette Chuchoter, c’est un peu du vol, un p’tit jeu interdit, un petit ruisseau de montagne…

Gildas Vous êtes folle.

Bûchette Je sais.

(Le silence extérieur revient.)

Gildas Vous ne savez pas ce que vous voulez, vous. Un coup il faut faire le silence et la fois d’après, en pleine alerte, vous n’arrêtez pas de parler…

Bûchette Je parlais pas, Gilou, je parlais pas, c’est mon cœur qui battait. Tu me sers un coup de rouge ?

Gildas Servez-vous.

Bûchette C’est toi l’homme, p’tit père, sois galant.

Gildas (La servant.) C’est ça, soyons galant. A la bonne votre…

Bûchette Dis, Minet…

Gildas Quoi encore ?

Bûchette Tu voudrais pas la retourner vers nous ? Ca me fait de la peine pour elle.

Gildas Oubliez-la, s’il vous plaît. Je vous ai déjà dit que ça ne vous regardait pas. Laissez-la en paix. Il vaut mieux qu’elle ne voit pas ce qui se passe ici cette nuit.

Bûchette Gildas…

Gildas Quoi ?

Bûchette Tu me fatigues. Tu veux pas aller dormir ?

Gildas Je ne demande que ça, moi, de retrouver mon sommeil d’où vous m’avez arraché à votre arrivée. Et vous, qu’est-ce que vous faites ? Vous persistez à rester ?

Bûchette Bien sûr, je reste. Donne-moi une couvrante, je dormirai par terre, si j’y arrive.

Gildas Mes papiers, mon argent, mes clés…

Bûchette On verra ça demain. T’en a pas besoin pour faire ton gros dodo ? Oublie pas la couverture.

(Gildas disparaît côté cour et revient avec une couverture.)

Gildas C’est tout ce que j’ai…

Bûchette On fera avec. Merci quand même. Bonne nuit, gros Nounours.

Gildas C’est ça, bonne nuit. Au fait, c’est quoi, votre prénom ?

Bûchette On m’appelle Bûchette, dans l’bastringue.

Gildas Bûchette ! C’est pas un prénom. Pourquoi on vous appelle comme ça ?

Bûchette Paraît qu’y en a pas deux comme moi, pour les tailler, les « bûchettes » !

(Gildas disparaît côté cour dans sa chambre.)

Texte déposé à SACD/SCALA.

lundi, septembre 1 2008

Drôle d'oiseau...

P1000547_-_Copie.JPG


Ça fait cinquante ans que j’ai déboulé dans l’ordre chaotique de l’aventure humaine, alors que j’avais rien demandé à personne, et ça fait cinquante ans que je comprends rien à la règle du jeu puisqu’ y paraît qu’ y en a une (ou des…) on sait pas trop mais on fait tout comme.
J’ai fait pendant des années un boulot qui vide la tête et remplit la gamelle puis j’ai largué ces chaînes parce qu’il y a des limites à l’inacceptable et que j’ai qu’une vie et qu’on a pas à me la voler, comme ça, pour une bouchée de pain et même pour plusieurs. Educ, je suis devenu, avec des toxicomanes et des largués de toute sorte.

Ça donne à penser, ça donne à comprendre, ça donne à partager et à témoigner et comme j’ai pas ma plume dans ma poche et que des potes théâtreux recherchaient des textes qui parlent de la vraie vie, banco ! ai-je répondu et des pièces sont sorties de mon cœur, pleines de larmes, de rires, de bisous et de coups de pied au cul. Des contes poétiques, aussi, je tricote, qui font pas trop dans la guimauve, si je puis dire, et où, pourtant, on rencontre des gens aux yeux brillants d’amour et des graines qui demandent qu’à germer sous le soleil.

Comme j’ai jamais rencontré quelqu’un qui accepte de faire des bouquins avec mon travail d’écriture et que j’ai pas de temps à perdre en vaines sollicitations, je suis passé à l’acte de la fabrication et de la distribution de mes livres. Rencontres théâtrales, fêtes du livre, fêtes de plein de choses, je déambule avec mon présentoir à roulettes et je rencontre avec grand plaisir des tas de gens intrigués par ma démarche autonome. Et par le fait qu'ils se reconnaissent dans mes petits personnages,

Pas si petits que ça, en somme!

Denis Marulaz