
Ça fait cinquante ans que j’ai déboulé dans l’ordre chaotique de l’aventure humaine, alors que j’avais rien demandé à personne, et ça fait cinquante ans que je comprends rien à la règle du jeu puisqu’ y paraît qu’ y en a une (ou des…) on sait pas trop mais on fait tout comme.
J’ai fait pendant des années un boulot qui vide la tête et remplit la gamelle puis j’ai largué ces chaînes parce qu’il y a des limites à l’inacceptable et que j’ai qu’une vie et qu’on a pas à me la voler, comme ça, pour une bouchée de pain et même pour plusieurs. Educ, je suis devenu, avec des toxicomanes et des largués de toute sorte.
Ça donne à penser, ça donne à comprendre, ça donne à partager et à témoigner et comme j’ai pas ma plume dans ma poche et que des potes théâtreux recherchaient des textes qui parlent de la vraie vie, banco ! ai-je répondu et des pièces sont sorties de mon cœur, pleines de larmes, de rires, de bisous et de coups de pied au cul. Des contes poétiques, aussi, je tricote, qui font pas trop dans la guimauve, si je puis dire, et où, pourtant, on rencontre des gens aux yeux brillants d’amour et des graines qui demandent qu’à germer sous le soleil.
Comme j’ai jamais rencontré quelqu’un qui accepte de faire des bouquins avec mon travail d’écriture et que j’ai pas de temps à perdre en vaines sollicitations, je suis passé à l’acte de la fabrication et de la distribution de mes livres. Rencontres théâtrales, fêtes du livre, fêtes de plein de choses, je déambule avec mon présentoir à roulettes et je rencontre avec grand plaisir des tas de gens intrigués par ma démarche autonome. Et par le fait qu'ils se reconnaissent dans mes petits personnages,
Pas si petits que ça, en somme!
Denis Marulaz